1,3% de croissance : décryptage éco
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1,3% de croissance : décryptage éco

A l’heure où l’on dresse les bilans de 2019, vous avez peut-être croisé un chiffre : 1,3% de croissance. Mais qu'est-ce que cela signifie ? Pourquoi une telle fierté ? Retour sur les causes et conséquences économiques de ce résultat.

1,3% de croissance. À en voir les réactions de l’Insee et du gouvernement qui s’en félicitent, cela semble être une bonne nouvelle. Mais au fait, c’est quoi, la croissance économique ? Et surtout, qu’est-ce que ça implique dans notre quotidien ? 

Avant toute chose, regardons la définition. 1,3% de croissance signifie que le PIB français (Produit Intérieur Brut, c’est-à-dire la somme des richesses créées en France sur l’année) augmente de 1,3% par rapport à l’année précédente.

On peut donc écrire : PIB 2019 = PIB 2018 + 1,3% de PIB 2018.

Pour bien comprendre :

Lorsque l’on parle des « richesses créées », qui composent le PIB, il s’agit en fait de chacun des actes de production de biens ou de services au sein de l’économie française.

Ainsi, si un artisan produit une table, avec plusieurs matières premières (le bois, un peu de métal pour les fixations, etc), cette table va être comptée parmi la production de l’entreprise. Mais il en ira de même, ce qui est souvent plus difficile à concevoir, pour le coiffeur, par exemple : même s’il ne crée pas de produit matériel, chaque nouvelle coupe est comptée comme une richesse créée. A la fin de l’année, l’Insee (Institut National de la Statistique et des Études Économiques) recense la valeur créée par chacune des entreprises françaises, et la production de richesses de notre ébéniste et de notre coiffeur sont comptées dans le PIB.

Mais concrètement, ça veut dire quoi ?

Les chiffres et les définitions, c’est bien, mais passons au concret. Pour interpréter les statistiques de croissance, on utilise un outil appelé la règle de Lucas. Elle consiste en un calcul très simple : diviser 70 par le taux de croissance du pays. Le résultat obtenu nous donne le temps nécessaire, en années, pour doubler le revenu par personne du pays.

Ainsi, si la France reste à 1,3% de croissance dans les prochaines années, on a : 70/1,3=53,8. Ce résultat signifie que d’ici environ 54 ans, si la France conserve ce niveau de croissance, le PIB/habitant français aura doublé. Aujourd’hui, le salaire moyen français s’élève à 26 634 € par an, soit 2 219€ par mois environ. D’après la règle de Lucas, d’ici à environ 2073, si notre modèle de croissance ne varie pas énormément, nous pourrions obtenir un revenu moyen égal à 4 438€ par mois. Ça fait rêver !

Petite précision cependant : on parle ici de revenus réels, c’est-à-dire corrigés de l’inflation ; lorsque l’on parle de 4 438€ par mois, on prend donc en compte la hausse des prix. Le pouvoir d’achat va donc réellement augmenter, permettant aux Français de consommer davantage.

Attention, quelques bémols sont à prendre en compte :

Nos calculs se basent sur le fait que la croissance ne va pas varier d’ici à cette date, mais nous n’en savons rien ! De la même manière, ces calculs supposent une augmentation constante de la population, c’est-à-dire qu’elle continue à augmenter au même rythme qu’aujourd’hui ; cela est difficilement prévisible. En outre, d’ici 2073, les impératifs écologiques pourraient bien nous contraindre à réduire ces croissances, économique comme démographique.
Enfin, il faut bien comprendre que même si nos revenus augmentent grâce à la croissance, nos dépenses « nécessaires » sont susceptibles d’augmenter également. Par exemple, dans les années 1960, personne n’aurait cru que des dépenses liées aux smartphones, opérateurs, Wi-Fi, etc., feraient quasi-nécessairement partie du budget des français. Donc, nous ne pouvons savoir quelles dépenses nous seront utiles en 2073!

A quoi est due une telle croissance ?

La croissance économique a des causes multiples, et nous ne pouvons pas encore déterminer avec certitude celles qui ont mené à 1,3% de croissance en 2019. Cependant, on peut tenter de le deviner, rien qu’en observant l’actualité politique et économique.

Premièrement, 2019 a été une année mouvementée socialement en France. La crise des « gilets jaunes » a notamment poussé Emmanuel Macron à annoncer une hausse du SMIC en décembre 2018. Si cette mesure pouvait être indispensable sur le plan politique (à vous d’en décider), elle a fait augmenter la croissance artificiellement.
En effet, le SMIC est le revenu d’une part plutôt défavorisée de la population ; or, ce geste était très demandé, à en croire la protestation sociale. Donc, lorsque ce revenu augmente, le surplus va être consommé dans sa majorité, et non laissé de côté sur un compte épargne. Cette augmentation du SMIC peut donc être qualifiée de « coup de fouet » économique : elle a fait « gonfler » la croissance, mais elle n’a pas augmenté la production en France.

Mais on peut trouver d’autres facteurs de la croissance qui ont probablement opéré en 2019. D’abord, les taux d’intérêts étant très bas, c’est le moment d’investir, ou encore de demander des crédits. Un climat très favorable à la réalisation de projets tant professionnels que personnels : lancement d’une entreprise, prêt pour acheter une maison, etc. Tout ceci mène à la production de biens et de services : cette fois, la croissance, la vraie, est à la clef.

Autre cause favorable à la croissance : l’augmentation du nombre de Français qui travaillent. Selon l’Insee, la France a atteint en 2019 son plus haut taux d’actifs depuis 1975. Plus de gens pour travailler peut signifier plus de production, et donc, de croissance.

Bref, si 1,3% de croissance est une performance louable, elle n’est pas seulement due à la bonne santé économique de la France, mais aussi aux circonstances, que ce soit celles sociales en France, ou celles économiques au niveau de l’Union Européenne voire de la planète. Cependant, l’explication n’est pas européenne, car même si la moyenne de croissance dans la zone euro s’élève à 1,2% en 2019, il y a des disparités selon les pays, avec notamment une cruelle désillusion pour l’Allemagne, auteure d’une croissance de seulement 0,5%.

Marine Salaville

Marine Salaville

Dynamique et -normalement- pleine de bonne humeur, je suis une apprentie journaliste qui cherche à se spécialiser dans les thèmes économiques et internationaux. Mon sujet favori ? L’Union Européenne, mais ça ne vous aura peut-être pas échappé…

Cet article a 1 commentaire

  1. Avatar
    Franck Yves

    Extra j’ai tout compris. Continues

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