Chronique. Au détour d’une guitare, découverte de Jean-Maurice Mourat
© Marine Salaville

Chronique. Au détour d’une guitare, découverte de Jean-Maurice Mourat

Le temps d’une histoire (5) | Dans une chambre de petite fille bien encombrée, trône, dans un coin, un étui noir de guitare. L’occasion de découvrir, au fil des souvenirs, l’existence d’un artiste comme on en voit peu.

Par un week-end ensoleillé de confinement, ma famille et moi prenions paisiblement le café sur la terrasse, lorsqu’il a été question de jouer de la guitare. Je permets d’emprunter la mienne, bien sûr, qui prend la poussière depuis des années dans ma chambre. Mais à peine est-elle sortie de sa housse noire qu’une envie irrépressible de retrouver mes anciennes sensations me prend ; et c’est bien moi qui vais passer le reste de l’après-midi sur la terrasse avec l’instrument dans les bras.

Ma guitare sur la terrasse familiale, sous les fleurs de glycine
© Marine Salaville
Ma guitare sur la terrasse familiale, sous les fleurs de glycine © Marine Salaville

Je retrouve tout : l’odeur du bois, la sensation douce des cordes au niveau de la rosace, la rigidité de celles sous la main gauche, cette même rigidité qui m’a valu tant de souffrance et de temps à souffler sur mes doigts. Chaque petit détail de l’instrument me donne l’impression que je ne l’ai jamais quitté : la petite écorchure sous la coupe, la troisième corde qui est toujours la plus désaccordée… Je m’aperçois même avec un brin de nostalgie que le point de repère sur le manche, fait artisanalement avec le vernis de ma mère, est toujours là, dépareillant franchement avec celui déjà présent à l’achat de la guitare, mais tellement invisible lorsque l’on n’y fait pas attention.

On s'y tromperait, mais je vous assure : le point du haut a bien été fait au vernis !
© Marine Salaville
On s'y tromperait, mais je vous assure : le point du haut a bien été fait au vernis ! © Marine Salaville

Je joue donc quelques morceaux, avant de me rendre compte que, sans partition, je ne suis pas capable de grand-chose. Et, incroyable mais vrai, dans le désordre ambiant de ma chambre de petite fille, je savais exactement où étaient mes précieuses méthodes. Je retourne donc avec elles sur la terrasse, et commence à repasser les morceaux qui me sont les plus chers.  Que ne suis-je la fougère ?, que j’avais joué dans l’orchestre de guitare, La caravane du désert et ses basses magnifiques, Danse Tchèque, qui m’avait appris à jouer les notes les plus aiguës…

Me vient alors une question : qui est l’auteur de ces deux ouvrages qui ont bercé mon enfance ? Qui dois-je remercier pour m’avoir donné, il y a plus de dix ans, toute l’assiduité et le goût du travail que nécessitait l’apprentissage d’un instrument ? A cette question, je m’étonne de n’avoir pas de réponse. Ces méthodes, et surtout la première des deux, je les connais par cœur ; comment ai-je pu si longtemps ignorer le nom écrit en gros caractères sur la première page ? Jean-Maurice Mourat : c’est donc à ce compositeur que je dois de longues années de travail et de remontrances parce que mon pouce gauche était placé trop haut.

La méthode pour apprentis guitaristes "Guitariste... Et vous ?" (à gauche) et son compositeur, Jean-Maurice Mourat (à droite)

Un passage par la page Wikipédia de l’artiste en question me prouve qu’ils sont loin d’être ses seuls ouvrages : il a composé nombre de méthodes pour guitare, mais aussi pour flûte. Ce professeur de musique aurait aussi été le premier guitariste à enregistrer un cours de guitare en VHS, en 1981.

Intriguée, je me plonge donc encore un peu plus dans la vie de cet artiste étonnant. Né en 1948 en Vendée, s’exerçant au piano depuis très jeune, il aurait ensuite appris tout seul la clarinette et la guitare, qui devient son instrument de prédilection. Il commence à l’enseigner en région parisienne et sera vite nommé directeur de deux conservatoires. Au fil des rencontres dans le milieu, après avoir créé et dirigé un festival de musique en Aveyron, il se met à composer pour la guitare : c’est dans cette période, les années 1970 à 1980, qu’il publie la plupart de ses méthodes pour débutants, parmi lesquelles « Guitariste… Et vous ? ». En parallèle, il donne des concerts où il joue de la guitare, bien sûr, mais aussi du luth : encore une corde à son arc, ou plutôt à sa guitare !

Il est impossible de tout dire à son sujet, tant sa vie a été mouvementée. Mais j’ai été surprise d’apprendre que Jean-Maurice Mourat a reçu un grand nombre de décorations : pour n’en citer que quelques unes, il fut récompensé du « Blason d’or » par le maire de Torredonjimeno en Espagne, décoré à Schwabach, en Allemagne, pour une tournée de concerts dans sa jeunesse, médaillé de la ville de Sainte-Geneviève-des-Bois, dont il dirigeait le conservatoire. En 1981, il est désigné par le Président de la FUCMU, la Fédération nationale des conservatoires de musique, pour représenter la France au Congrès européen des écoles de musique. Pour couronner le tout, en 1990 puis 2001, notre professeur de guitare est fait Chevalier puis Officier  de l’Ordre des Palmes académiques, vraisemblablement par les ministres de l’Education Nationale de l’époque, des certains Lionel Jospin et Jack Lang.

Médaille de chevalier de l'Ordre des Palmes Académiques. Créée en 1955 par Edgar Faure, c'est la plus haute distinction pour les membres de la communauté éducative. Elle comprend 3 grades : Chevalier, Officier, puis Commandeur.

Mais ce n’est pas tout, car Jean-Maurice Mourat ne se contente pas de peu, vous l’aurez compris. Dans les années 1990, passionné par l’informatique musicale, qui permet de retranscrire ses compositions sur un ordinateur, il rejoint l’Andalousie pour en apprendre davantage. Là-bas, il formera des professeurs de musique, et composera entre autres pour le conservatoire supérieur de musique de Grenade, rien que cela.

Et si vous n’êtes pas encore convaincus que Jean-Maurice Mourat est un artiste à part entière, sachez qu’il s’est même mis à la peinture ! Entre 1988 et 2003, il a exposé plus de 150 toiles partout en France et à l’étranger, jouant lui-même pour ses vernissages.

Autodidacte multi-instrumentiste, peintre, directeur de conservatoires, pédagogue aux multiples récompenses, compositeur, directeur de festival, visionnaire… Qui aurait cru que le petit livret souple que je tiens dans mes mains cachait une personne si haute en couleurs ? Pas moi en tout cas. Pourtant, avec le recul, toutes les petites indications inscrites sur les pages de l’ouvrage relèvent du trésor de pédagogie, et je regrette qu’en m’ayant mis dans les mains cette méthode, rien ne m’ait été dit sur son compositeur. Mais je repense à la fillette de 8 ans que j’étais, et au doux sourire de Serge, mon professeur ; comment aurait-il pu se douter que cela m’intéresserait, une fois adulte ?

Marine Salaville

Marine Salaville

Dynamique et -normalement- pleine de bonne humeur, je suis une apprentie journaliste qui cherche à se spécialiser dans les thèmes économiques et internationaux. Mon sujet favori ? L’Union Européenne, mais ça ne vous aura peut-être pas échappé…

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