Comment comprendre l’art contemporain
Edward Hopper, Nighthawks, 1942, Chicago Art Institute

Comment comprendre l’art contemporain

L’art est plus intéressant et abordable que ce qu’on nous laisse croire. Retour sur les idées principales de l’art contemporain et ce qu’il dit de notre société.

L’art contemporain se dit explorer toutes les dimensions du présent – d’où l’adjectif contemporainet la connectivité entre elles. L’expression reste floue mais même les historiens de l’art laissent de l’ouverture dans sa définition et sa temporalité. Par exemple, le théoricien Terry Smith, professeur à l’Université de Pittsburgh, considère trois périodes possibles pour définir l’art contemporain :

  • De 1945 à nos jours : commence lors de l’après Guerre, mais n’inclut que le point de vue de l’Ouest non-Soviétique 
  • Des années 1960 à nos jours : les années 60 se détachent de l’art moderne, plus traditionnel et basé sur le matériel (peinture, sculpture) ;
  • De 1989 à nous jours : commence avec la chute du mur de Berlin, suivie par le déclenchement de la globalisation.

Ces périodisations diverses rendent l’art contemporain plus difficile en apparence, mais il ne faut pas s’inquiéter : il n’y a pas de mauvaise réponse. C’est un courant qui débute dans la seconde moitié du 20e siècle et qui reflète tous les changements ayant lieu durant ces années.

Il est compréhensible que le spectateur soit confus au premier abord, mais un des intérêts de cette période réside dans sa diversité, notamment dans celle de ses artistes. Graduellement, l’art devient de plus en plus accessible. Au début des années 1950, il est dominé par l’artiste blanc, mâle et États-unien. La société de consommation impose sa présence et intrigue les artistes: on parle d’expressionnisme Américain. Par exemple Willem de Kooning peint Woman 1 en se basant sur les femmes des immenses panneaux publicitaires qui fleurissent dans les boulevards. 

Willem de Kooning. Woman I. 1950–52, MoMA
Willem de Kooning. Woman I. 1950–52, MoMA

De plus en plus, la publicité et la société de consommation deviennent omniprésentes. Dans les années 1960, le Pop Art alimente cette obsession pour l’image qui sature la société. Des mouvements tels que l’art conceptuel reflètent, eux, une autre réalité de l’époque, générée par les philosophes existentialistes comme Derrida ou Sartre. L’art conceptuel est plus intime : il veut faire appel à l’analyse rationnelle du spectateur et rejette ainsi l’émotionnel.

L’artiste Joseph Kosuth présente son œuvre Une et Trois Chaises avec une photographie, la définition et l’objet de la chaise côte à côte. Quelle est la véritable chaise ? Cette influence de la philosophie est importante : de plus en plus, l’art puise dans différentes sphères culturelles.

Joseph Kosuth, Une et Trois Chaises,1965

Dans les années 1970, la scène artistique devient particulièrement intéressante : pour la première fois dans l’histoire, elle s’adresse aux problèmes d’intégration et d’égalité. Des ouvrages post-coloniaux, féministes et queer émergent et deviennent l’argumentaire des minorités trop longtemps opprimées. Si la pratique artistique a toujours été ouverte à celui qui le désirait, la reconnaissance comme artiste n’était réservée qu’à une élite majoritairement masculine, blanche et éduquée. Les ambitions de ce nouvel art engagé sont reflétées dans l’oeuvre The Dinner Party, où l’artiste Judy Chicago dresse symboliquement la table pour 39 femmes mythiques, d’Eleanor d’Aquitaine à Virginia Woolf.

En 1980, l’artiste Lorraine O’Grady assiste à une exposition d’art Afro-Américain à New York en portant des gants blancs et s’autoflagelle. Cette performance cherche à dénoncer le manque d’art Afro-Américain dans les galeries conventionnelles : O’Grady est persuadée que le monde peut changer grâce à l’art.

Judy Chigaco, The Dinner Party,1979, Brooklyn Museum
Lorraine O'Grady, Sans titre (Mlle Bourgeoise Noire), 1980
Lorraine O'Grady, Sans titre (Mlle Bourgeoise Noire), 1980

La volonté de cet art activiste est de définir une universalité qui inclut et représente les minorités. L’art s’engage également sur le fond : le matériel, autre fois précieux et élitiste, devient plus démocratisé. Avec la photographie, ou le ready made qui utilise des objets déjà existants, l’accès au matériel cesse d’être un frein pour la création. En conséquence, les musées se renouvellent, leur espace est occupé différemment. L’artiste en personne peut être présent dans le musée grâce à l’art de la performance, ou peut créer son propre univers autour du spectateur grâce aux installations d’art.

Au tournant du 21e siècle, le marché de l’art explose et certaines œuvres atteignent des prix records. Grâce à la mondialisation, l’art voyage d’un continent à l’autre, mais en restant élitiste. Cependant les artistes ne cessent de critiquer ces doubles-morales. Au 21e siècle, l’art se veut socialement utile et enseigne le spectateur tout en étant critique.

Oui, l’art contemporain est très riche. Par les libertés qu’il prend, certains spectateurs cessent même de le considérer de l’art. Il est vrai que cette période artistique est moins démonstrative. Contrairement à des œuvres figuratives comme La Liberté guidant le peuple de Delacroix, les œuvres contemporaines nécessitent souvent une explication pour commencer à les comprendre.

S’il y a bien quelque chose que nous pouvons accorder à l’art contemporain, c’est sa capacité à surprendre. Les changements drastiques qu’a vécu notre société en seulement quelques décennies, ne peuvent pas être reflétés dans un art « simple ». La communauté des artistes est de plus en plus hétéroclite, et son audience mérite cette même diversité. Alors n’hésitez pas à vous approprier l’art contemporain et de lui trouver votre propre intérêt : vous aurez plus de choix que jamais.

Alicia Gomba Aibar

Alicia Gomba Aibar

Etudiante en histoire, je doute (trop) souvent. Mes articles naissent de mes passions du moment, ou de ma passion pérenne pour l'art.

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