Episode 2 – L’arc narratif en valeur: Le test de Mako-Mori

Episode 2 – L’arc narratif en valeur: Le test de Mako-Mori

Comment quantifier la représentation des femmes dans le cinéma ? (2/4) | Après vous avoir présenté le test de Bechdel dans le premier épisode, je reviens pour vous présenter un second test. Il est souvent considéré comme son petit frère: Le test de Mako-Mori. Face aux critiques régulières et légitimes à l'encontre du test de Bechdel, le test de Mako-Mori est né. Il reprend les bases du test de Bechdel, mais essaye d'en peaufiner les aspects négatifs.

Ce test s’inspire du personnage du même nom dans le film Pacific Rim de Guillermo del Toro. Si le test a pris le nom de Mako-Mori c’est pour une raison liée à notre premier test. En effet, le film ne passe pas le test de Bechdel alors même qu’il présente un personnage féminin fort: Mako-Mori. Or, son rôle ne se limite pas à être un faire-valoir pour les personnages masculins. 

Mako-Mori interprétée par Rinko Kikuchi

En effet, dans Pacific Rim, Mako-Mori est celle qui connaît l’univers et ses risques. Elle va devoir les apprendre au personnage principal, novice mais pourtant destiné à devoir sauver le monde (Oui comme Trinity dans Matrix). Ainsi, sans Mako-Mori jamais le personnage principal n’aurait pu arriver à ses fins.

Un fonctionnement similaire

Le test de Mako-Mori reprend la forme du test de Bechdel: trois questions auxquelles on répond par OUI ou NON. Les questions se centrent cette fois-ci sur les arcs narratifs qui entourent les personnages.

  • Est-ce que le film présente au moins un personnage féminin nommé?
  • Est ce que ce personnage féminin comporte son propre arc narratif (expliqué dans le film)?
  • L’arc est-il conçu en dehors du fait d’être un faire-valoir pour un personnage masculin?

Ce test permet de mettre en valeur des personnages féminins forts comme La Veuve Noire dans Avengers, Hermione Granger dans Harry Potter ou encore Furiosa dans Mad Max Fury Road (retenez ce personnage on y reviendra). 

En revanche il permet de se rendre compte qu’une grande partie du cinéma, et particulièrement du cinéma américain, ne sait pas créer un personnage féminin sans qu’il dépende d’un homme. Par exemple dans le magnifique (hum, hum…) Suicide Squad, toutes les supers-vilaines sont construites sur la base d’un personnage masculin. Harley Quin devient une super-vilaine car elle est amoureuse du Joker. Katana, dont l’âme de son amour défunt enfermé dans son sabre lui donne sa force. Enfin, l’Enchanteresse, la « méchante » de l’histoire, qui a besoin de l’amour pour vaincre le mal en elle.

Est-ce le cas pour tous les super-vilains du film? Non.

Des limites à souligner

Tout d’abord, le test de Mako-Mori est assez récent et bien moins connu que le test de Bechdel. De ce fait, il n’existe pas ou très peu de chiffres fiables concernant le nombre de film qui le réussissent. C’est donc un outil intéressant mais dont la pertinence peut être remise en cause.

De plus, le film ne dit toujours pas si une oeuvre est féministe ou non. Par exemple: le personnage de Elle Woods dans le film La Revanche d’une blonde, véritable porte-étendard du féminisme. Ce film et son personnage démonte les clichés selon lesquelles une femme vu comme “superficielle” ne peut pas être intelligente. Admise à la chaire de droit de Harvard, Elle Woods, une fausse-blonde qui s’habille tout de rose devient major de promo au nez et à la barbe de tous ceux qui la pensait incapable de réfléchir. Or, tout le film démarre sur le fait que son petit-ami souhaite rompre avec elle.

Elle Woods interprétée par Reese Witherpoon

Enfin, une critique récurrente porte sur le personnage même de Mako-Mori. Beaucoup lui reprochent de tomber dans un autre travers du cinéma concernant les personnages féminin: son personnage serait victime du syndrome de Trinity. Ce syndrome désigne la situation dans laquelle un personnage féminin présenté comme fort au début du film se rabaisse au profit du héros (masculin) dans les moments cruciaux. En effet, alors que Mako-Mori connaît l’univers de Pacific Rim c’est finalement Raleigh qui la dépasse et vainc le mal. Cependant, je pense que le schéma représenté dans le film est plutôt celui de l’élève qui dépasse le maître.

Finalement, le test de Mako-Mori s’avère tout de même utile. Ainsi, comme le test de Bechdel, malgré ses quelques défauts, le test de Mako-Mori reste un très bon outil de mesure concernant la représentation des femmes dans le cinéma. Il permet de se rendre compte de l’absence régulière d’arc narratif déconnecté des hommes pour les femmes dans les films et les œuvres culturelles en général

Zoé Keunebroek

Comment quantifier la représentation des femmes dans le cinéma ? Une série en quatre épisodes

Zoé Keunebroek

Future journaliste culturelle (logiquement ça ne vous a pas échappé). Mon chauvinisme pour le Nord n'a d'égal que ma passion pour la pop culture. Si vous voyez un article sur Harry Potter, il vient probablement de mon clavier !

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