Décryptage : Comment Hong Kong perd son autonomie face à la Chine

Décryptage : Comment Hong Kong perd son autonomie face à la Chine

Il y a neuf mois, les Hongkongais manifestaient énergiquement contre la loi autorisant leur extradition en Chine. Aujourd’hui, le Parti communiste chinois compte court-circuiter le parlement de Hong Kong et y appliquer une nouvelle loi de sécurité nationale. Retour sur l’histoire singulière de ces deux territoires.

 

Nous sommes au tournant du dix-neuvième siècle, en 1898. Après des conflits à répétition, le Royaume Uni et la Chine arrivent à un accord lors de la Seconde convention de Pékin. Hong Kong devient alors une colonie britannique pour 99 ans, jusqu’en 1997.

Après la Première Guerre mondiale, Hong Kong commence à accueillir des masses d’immigrants chinois fuyant la révolution communiste de Mao Zedong. La population double. Pendant les décennies suivantes, la ville devient un hub financier important, accueillant toutes les entreprises qui craignent l’instabilité politique de la Chine continentale.

En 1984, le Royaume Uni et la République Populaire de Chine (RPC) conviennent dans la Loi Fondamentale (semblable à une mini-constitution), le principe d’« un pays, deux systèmes« . Hong Kong est donc autorisé à maintenir son système capitaliste pendant 50 ans après 1997. La ville maintient également le droit de manifester, ses élections et sa démocratie.

Alors que les 99 ans d’indépendance arrivent progressivement à leur fin, les hongkongais commencent à manifester et s’inquiètent pour le futur démocratique de la ville. En juin 1989 le massacre de la place Tiananmen à Pékin alarme les habitants de Hong Kong. La préservation de l’autonomie de leur ville devient encore plus évidente.

En 1997, le dernier gouverneur britannique se retire. Hong Kong devient officiellement une région chinoise, mais au statut unique défini par la Loi Fondamentale de 1984. Celle-ci prend fin en 2047, et avec elle la politique de non-interférénce chinoise. Mais le gouvernement de Pékin ne semble pas prêt à attendre 2047 : il s’immisce régulièrement dans la politique et les élections de la ville, et remet en question ses libertés. Les désirs de contrôle et de (ré)unification chinois sont symbolisés par un pont achevé en 2018, qui relie Hong Kong à Macao, en Chine continentale. Cette infrastructure de 55km de long constitue le plus long pont maritime du monde, et prouve les hautes ambitions du gouvernement chinois vis-à-vis de Hong Kong. Ces irrégularités continuelles mènent à des tensions et des manifestations récurrentes de la part des Hongkongais, telle la Révolution des parapluies de 2014, ou les protestes de 2019.

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Sondage par l’Université de Hong Kong

Bien que le statut particulier de Hong Kong définisse les sphères politiques et financières, il creuse un fossé entre les deux population. Le drapeau, le passeport et la monnaie sont différents. Les valeurs et modes de vie dans la ville sont complètement opposés à ceux de Pékin.

Aujourd’hui, la Chine compte avec ses propres mégalopoles et hubs financiers, donc l’apport économique de Hong Kong lui est moins essentiel. Le pays a moins de raisons de respecter l’autonomie politique de la ville, et prend de plus en plus de libertés. Les informations télévisées sont désormais en mandarin, alors que la langue officielle de Hong Kong est le cantonais. Les nouveaux manuels scolaires – également en mandarin – présentent le système uni-partite chinois comme ‘’idéal’’. Or plus la Chine tente une réunification, plus l’identité des hongkongais se renforce.

 

Pont de Hong Kong – Macao, achevé en 2018 pour $ 17 milliards

 

 

Le dernier projet de loi de sécurité vise à renforcer l’autorité de Xi Jinping, président de la RPC. Mais la situation reste complexe, car Hong Kong est une fenêtre pour la Chine vers l’étranger, et l’intervention militaire est très risquée.

Les aspects à combattre selon la nouvelle législation seraient la « sécession, subversion, interférence étrangère et terrorisme ». Ces termes larges risquent d’être manipulés, afin de rendre illégaux les droits de manifestation et autres libertés d’expression à Hong Kong. Dans d’autres mots, cette loi légaliserait la répression de l’identité hongkongaise.

 

Alicia Gomba Aibar

Alicia Gomba Aibar

Etudiante en histoire, je doute (trop) souvent. Mes articles naissent de mes passions du moment, ou de ma passion pérenne pour l'art.

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