Hommage à Roger Carel

Hommage à Roger Carel

Le vendredi 11 septembre 2020, le cinéma français vivait un immense deuil. Roger Carel, monument du cinéma français, nous quittait à 93 ans. De Disney à Star Wars en passant par la BD Française ou les Muppets : retour sur la carrière de l’une des voix les plus marquantes du cinéma.

Une triste nouvelle survenue le 18 septembre, un an jour pour jour après la mort d’une autre voix de légende du cinéma français : Jean Piat. Cela fait deux mois que Roger Bancherel, plus connu sous le nom de Roger Carel, nous a quittés. Inoubliables, intemporelles et incroyables. Voilà pour moi les quelques mots qui résument la vie et la carrière de Roger Carel. Car il n’a pas seulement fait du doublage, il a fait le doublage.

Son talent, il le découvre dès son plus jeune âge. Il a toujours “aimé faire peur à [ses] camarades en changeant de voix très facilement”. Petite voix fluette et naïve ou grand méchant à voix grave, il est déjà capable de tout jouer. A l’institut Saint-Nicolas, le collège où il fait ses études, il est reconnu comme “l’imitateur des professeurs.

Emission archives des grosses têtes 1980, © Yerda Salo

Malgré ce don, il souhaite d’abord devenir prêtre et s’engage auprès du petit séminaire de son collège. Il abandonne finalement pour l’Ecole centrale d’électricité, une école d’ingénieurs, mais abandonne une fois de plus pour se tourner vers son rêve, la carrière qui lui apportera la gloire et le bonheur : la comédie. Grâce à sa tante, il obtient une audition pour Jean Marchat et se lance sur les planches. Pour perfectionner son jeu, il s’entraîne aux cours Bauer-Thérond.

Après quelques expériences au cinéma, il devient chroniqueur pour Les Grosses têtes. C’est principalement là qu’on le remarque pour sa voix. Dans l’émission de Philippe Bouvard, il impressionne par ses improvisations dans les séries audio. Le public entend alors le talent de Roger Carel. Un talent inné, qu’il définit ainsi : « Dès que je découvre le graphisme d’un personnage, je trouve sa voix, celle qui sort naturellement du dessin. »  

Le doublage, une révélation

C’est une des voix mythiques de Disney : Mickey Mouse, Winnie L’Ourson, Jiminy Cricket ou Pongo pour les gentils, mais aussi le terrifiant Kaa ou le déjanté Chat du Cheshire. Lorsque j’ai appris sa mort, ma plus grande douleur a été de me dire que plus jamais je ne l’entendrai faire une petite voix additionnelle dans l’univers magique de Disney.

Sa voxographie fait aussi la grandeur du cinéma français : Roger Carel n’est autre que le plus irréductible de tous les Gaulois : Astérix. Sa petite voix déterminée m’a toujours accompagnée, et en lisant les BD, je ne peux m’imaginer une autre voix que la sienne.

Photomontage de Roger Carel diffusé dans les K7 Disney ©Disney

C’est aussi dans une galaxie lointaine, très lointaine, que je me suis attachée à cette voix. Un personnage aussi attachant qu’énervant, aussi intelligent que naïf, aussi fort que maladroit. Brillamment créé par Anthony Daniels outre-manche et réinterprété avec perfection par Roger Carel. Qui de ces deux acteurs représente le plus C-3PO ? Il m’est difficile de le dire. J’ai découvert Star Wars en version française et sa voix si caractéristique m’a fait adorer le personnage. Je ne vous laisse donc qu’imaginer ma confusion, lorsque Jean-Claude Donda a repris du service pour la postlogie après la retraite du grand monsieur Carel.

La passion, clé de la réussite

Ses personnages étaient pour lui bien plus que des pixels sur un écran géant. Rares sont les comédiens aussi attachés à leur travail et leurs créations. C’était un amoureux. Un amoureux de ses personnages, un amoureux de la fiction, un amoureux de l’interprétation mais surtout un amoureux du doublage : « Ma recette de potion magique est ce métier merveilleux qui m’a entretenu… merveilleusement. J’ai eu la chance de beaucoup jouer : théâtre, télé, doublage… Quand on a le bonheur, on vieillit moins vite ! » dit-il lorsqu’il annonce doubler pour la dernière fois Astérix en 2013 pour Le Domaine des Dieux.

En dehors de son métier, Roger Bancharel était un homme profondément humble et un véritable humaniste. En s’engageant dans de nombreuses causes, notamment pour Le Secours Catholique et les associations de protection de l’enfance, il montrait son attachement à mettre du bonheur dans la vie des autres. Jamais il n’a rechigné à répéter des centaines et des centaines de fois les mêmes voix pour les fans, si cela pouvait les rendre heureux.

Roger Carel lors de la remise de son prix Henri-Langlois en 2012 ©Isopix

Face à la grandeur, au talent et à l’investissement de cet homme, on a du mal à se dire qu’il n’existe aucune cérémonie récompensant les comédiens de doublage. Il est d’ailleurs l’un des très rares comédiens de doublage à avoir obtenu un prix, et le seul dans l’histoire du cinéma français. En 2012, il recevait le prix Henri-Langlois pour l’ensemble de sa carrière. En dehors d’un véritable drame, la mort de Roger Carel interroge, encore et toujours, sur le manque cruel de reconnaissance du monde du doublage.

Animation ou live-action, télévision ou grand écran, cinéma français ou américain, qui n’a pas été marqué par l’une des innombrables voix de Roger Carel ? Sa voxographie est telle que personne ne peut se targuer de n’avoir jamais été touché par ses intonations, son jeu d’acteur ou sa manière de raconter des histoires.

C’est un grand monsieur qui nous a quittés. Un très grand monsieur qui a désormais sa place au Panthéon des acteurs de cinéma. Tout là-haut, avec Louis de Funès, Jean Gabin, Michel Galabru ou encore Jean Piat.

Zoé Keunebroek

Crédit photo : Mikl Mayer

Zoé Keunebroek

Future journaliste culturelle (logiquement ça ne vous a pas échappé). Mon chauvinisme pour le Nord n'a d'égal que ma passion pour la pop culture. Si vous voyez un article sur Harry Potter, il vient probablement de mon clavier !

Un avis ? Exprimez-vous !