I may destroy you : la série qui inculque le consentement

I may destroy you : la série qui inculque le consentement

Michaela Coel est le pilier de cette mini-série semi-autobiographique. En tant qu’actrice créatrice, scénariste, productrice et parfois coréalisatrice, Coel retrace le vécu de son alter-ego Arabella, victime d’un viol. Sortis en juin 2020, les douze épisodes sont co-produits par la BBC et la plateforme HBO.

Les premières minutes de la série, à l’esprit gai et léger, ne sont qu’un leurre. Rapidement les hasards s’accumulent, mettant à l’épreuve voire dépassant les personnages.  Le spectateur accroche rapidement à la série sans pour autant se divertir, car avant tout, I may destroy you (« Je pourrais te détruire ») déclenche une introspection individuelle. Les critiques faites par la série sont réussies grâce à leur niveau de détail : chaque personnage rassemble des éléments choisis avec attention, qui dépeignent la complexité de notre société actuelle. En commençant par le personnage principal joué par Michaela Coel, Arabella Essiedu. Il s’agit d’une jeune Londonienne d’origine Ghanéenne, qui connaît un certain succès sur Twitter grâce à son livre sur le mal-être des Millenials. Peu inspirée pour son second ouvrage, elle décide de rejoindre des amis dans un pub. A l’aube, Arabella retrouve sa meilleure amie Terry – interprétée par Weruche Opia –, mais n’a aucun souvenir de sa dernière soirée.

La nécessité du consentement

« Avant d’être violée, je ne faisais pas grand cas d’être une femme, j’étais trop occupée à être noire et pauvre » explique le personnage d’Arabella. I may destroy you rappelle en effet que les victimes d’agression ont une vie en dehors du cadre de leur viol, et par conséquent des inquiétudes et problèmes indépendants de ce traumatisme.

Identifier le coupable et faire justice deviennent secondaires pour Arabella, peut-être parce que personne – en commençant par les enquêteurs – ne prend au sérieux son cas. Mais au fur et à mesure, on réalise que les agressions sont partout et affectent tout le monde. La majorité des personnages cumule les mauvaises expériences sentimentales et sexuelles, modelées par le manque de consentement. L’insistance sur la communication et le consentement sexuel dans la série soulignent l’importance de ceux-ci au quotidien.

Michaela Coel et Weruche Opia © BBC / HBO Michaela Coel et Weruche Opia © BBC / HBO

Une génération désespérée

L’humour noir des dialogues détend l’atmosphère de la série et n’hésite pas à se délecter du malaise des blancs « anti-racistes » qui oscillent malgré tout entre paternalisme et altérité. La dextérité de Coel en tant que scénariste se ressent à chaque séquence, en capturant la nébuleuse de problèmes qui flottent au dessus de chaque individu. On s’identifie à des personnages magnétiques, exaspérants, et impossibles à catégoriser.

La mini-série déploie en toute finesse une longue liste de sentiments et préoccupations réduits au silence, mais qui nous sont contemporains. La solitude, l’addiction aux réseaux, les crises politiques au Ghana ou la soif de validation extérieure : toutes des difficultés permanentes qui s’ajoutent à celles causées par le genre, le statut social ou le mental. Le tout interroge : qui est le I (je), dans I may destroy you ? Un titre que la créatrice a refusé d’éclaircir, mais dont les différentes réponses possibles s’inscrivent dans la logique de la série. Les sous-intrigues s’entrelacent et mènent vers l’étape décisive du personnage d’Arabella. L’épisode final narre plusieurs alternatives de vengeance envers son violeur, qu’elle pourrait mener à bout. Mais toutes ces options font apparaître la revanche comme un sentiment de surface creux.

Arabella, comme Coel, s’approprient leur vengeance et font de leurs agressions un ressort vers la meilleure connaissance de soi et la création artistique. I may destroy you met en scène la force que déploient toutes ces personnes agressées, affirmant que victime n’est pas synonyme de victimisation et que la véritable faiblesse réside chez l’agresseur.

Alicia Gomba Aibar

Alicia Gomba Aibar

Etudiante en histoire, je doute (trop) souvent. Mes articles naissent de mes passions du moment, ou de ma passion pérenne pour l'art.

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