I will survive : Chronique d’une réappropriation musicale

I will survive : Chronique d’une réappropriation musicale

I will survive, chanson mythique, est un hymne disco écrit par Freddie Perren et Dino Fekaris, sorti en 1978 et interprété par Gloria Gaynor. Mythique, c’est effectivement bien le mot adéquat pour décrire ce titre qui a connu de nombreuses appropriations et réappropriations, de l’émancipation féminine aux manifestations pro-vie, d’un hymne gay à la chanson de la victoire de l’équipe de France de foot.

Phase n°1 : Gloria Gaynor et l’émancipation féminine

Au départ la chanson décrit l’histoire d’une femme, qui vient de se faire larguer. Totalement dépitée par cette rupture elle se rend finalement compte qu’elle peut survivre sans son ex, qu’elle peut très bien se passer de lui. Elle refuse de revenir avec l’homme qui l’a trompée et qui l’a fait souffrir pendant plusieurs années. Cette femme s’émancipe de son ancien compagnon et devient indépendante : « I grew strong ».

Des propos féministes, qui ont appuyé les luttes et revendications des femmes aux États-Unis. Avec ce message engagé et cette première utilisation politique, la chanson reste un hymne disco sur lequel on danse et on s’amuse.

Phase n°2 : L'hymne gay, première phase de politisation

Des propos féministes sur l’empowerment dans lesquels la communauté homosexuelle s’est reconnue. Le titre de la chanson « I will survive » est pris comme un slogan de résistance aux normes établies. Rappelons qu’en 1978, l’homosexualité est encore considérée comme une maladie par l’OMS et que les homosexuels sont encore victimes de très nombreuses discriminations.

Les « gays » s’identifient à l’histoire de cette femme larguée et trompée, en ce qu’elle fait écho à la psyché homosexuelle. Depuis que l’homosexualité doit se vivre dans la clandestinité (parce que oui, ça n’a pas toujours été le cas), le schéma homosexuel amoureux est fondé sur l’échec. Il en résulte, d’après les analystes, une grande volonté d’amour à donner. « I’ve got all my life to live, And I’ve got all my love to give ».

Cette dimension homosexuelle sera illustrée lorsque la chanson sera réinterprétée par le groupe américain Cake. Elle s’accentuera plus encore lors des grands mouvements de lutte contre l’inaction des pouvoirs publics face au SIDA.

Phase n° 3 : Champions du monde !

Premier retournement de situation, cette chanson éminemment politique devient un hymne des stades durant la coupe du monde 1998. En 1994, le groupe néerlandais Hermes Hous Band reprend la chanson de Gloria Gaynor. La principale modification se situe au niveau des solo de violons, qui sont remplacés par des « La la la ». 

On raconte que c’est le joueur Vincent Candela qui a introduit la chanson dans le vestiaire des Bleus. Une tradition se développe et l’équipe de France de foot la joue dans les vestiaires à chaque victoire. La chanson se diffuse ensuite petit à petit à travers les supporters français. Le 12 Juillet 1998, la France devient championne du monde de football en battant le Brésil 3-0. Après la victoire, tout le stade chantera les « La la la » de Hermes House Band. 

I will survive est en France le symbole de la victoire de la coupe du monde. A tel point que Gloria Gaynor donnera le coup d’envoi d’un match de football en France et deviendra la marraine de l’équipe française.

Phase n° 4 : Les manifestations pro-vie, retournement de situation

Depuis les années 2010 se développent un peu partout en Europe et en Amérique des oppositions à l’avortement. Ces personnes souhaitent l’interdiction de l’avortement car, selon eux, les fœtus méritent autant de vivre que les humains.

Les paroles de la chanson deviennent un plaidoyer pro-vie. « I will survive » c’est maintenant le fœtus qui le clame face aux mères souhaitant pratiquer une IVG. Ainsi cette chanson au départ féministe se retrouve dans les manifestations pro-vie aux quatre coins de la planète. Dans ces manifestations ce ne sont non pas les fœtus mais les humains contre l’avortement qui entonnent cette chanson avec ferveur. Une petite pensée pour Parler à mon père, de Céline Dion, qui a subi le même sort.

Phase n° 5 : Tout à la fois !

Un peu comme beaucoup d’autres choses. Pour cette chanson, cette décennie a été celle du mélange des genres. Ces dernières années la chanson de Gloria Gaynor a repris tous les symboles qu’elle a pu incarner au fur et à mesure.

Cette chanson est aujourd’hui porteuse de causes très diverses: féministe et pro-LGBTQI+ d’un côté, anti-avortement et pro-vie de l’autre. Contre toute attente, cette chanson est revenue chez les footeux le 15 juillet 2018. Pour la seconde fois de son histoire la France est devenue championne du monde de football. Gloria Gaynor est revenue sur les ondes, partageant l’audience avec Ramenez la coupe à la maison de Vegedream. La chanson phare de Gloria Gaynor est devenue un porte-étendard versatile, que chacun peut s’approprier en fonction de la cause qu’il souhaite défendre.

Zoé Keunebroek

Zoé Keunebroek

Future journaliste culturelle (logiquement ça ne vous a pas échappé). Mon chauvinisme pour le Nord n'a d'égal que ma passion pour la pop culture. Si vous voyez un article sur Harry Potter, il vient probablement de mon clavier !

Cet article a 1 commentaire

  1. Avatar
    varlet emma

    très bien ! bravo

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