Klaus: Comment casser le mythe de Noël ?

Klaus: Comment casser le mythe de Noël ?

AVERTISSEMENT : cet article utilise des exemples tirés du film, et risque donc de vous spoiler, bien que ce ne soit pas le but ici. Mais vous êtes avertis.

Si en regardant Klaus cet hiver vous vous attendiez à un conte typique de Noël, vous avez dû être affreusement déçus. La légende du Père Noël promise dans le trailer casse en effet tous les codes du film cliché qui fait son apparition sur nos petits écrans vers Décembre. C'est peut être pour cela que le film d'animation est nominé aux Oscars dans la catégorie meilleur long-métrage d'animation.

La situation initiale à laquelle nous sommes confrontés est loin de s’apparenter à de la magie. Elle s’ancre même dans une certaine réalité. La première séquence se produit dans une école de facteurs. Le protagoniste égoïste est tête-à-claques. Le village où il doit se rendre est froid, gris, et soumis à une querelle incessante entre deux familles. Les bases peu amicales sont posées. En résumé, une ambiance inconfortable se présente à nous… Que celui qui a choisi ce film se dénonce ! Tout le monde s’attendait à une histoire guillerette remplie d’elfes et de jouets ! Alors pourquoi rester scotché à votre écran ? Au premier abord, peut être pour voir notre protagoniste prétentieux prénommé Jesper se prendre la plus grosse raclée de sa vie. S’il ne parvient pas à distribuer 6000 lettres dans un temps imparti, ce jeune orgueilleux doit dire au revoir à sa vie luxueuse. Ce ne sont pas ces villageois, qui communiquent par lancers de hache, qui prendront du temps pour coucher leurs mots sur le papier. Cette histoire commence très mal.

« Aucune action n’est jamais vraiment gratuite. » Jesper

Jesper met alors au point toute une machination afin de trouver du courrier à distribuer. Il s’appuie pour cela sur un personnage imposant, peu bavard et qui reste reclus au fond de sa forêt : Klaus. Ce solitaire des bois passe ses journées à construire des niches pour oiseaux, et vit entouré de centaines de jouets entreposés dans sa maison. Le facteur, de son côté, se rapproche des enfants, et leur promet un jouet en échange d’une lettre destinée à Monsieur Klaus. La légende est née. Petit à petit, nous reconnaîtrons les éléments du typique Père Noël : les jouets, le traîneau volant, les rênes, la cheminée, le manteau rouge, la distinction entre les enfants sages ou non… Bien que tout cela se base sur une supercherie, et ce malgré Klaus. « Aucune action n’est jamais vraiment gratuite », c’est bien sûr ce credo qui motive Jesper.

Malgré les intentions premières, les actions entreprises améliorent la situation du village. Grâce aux jouets, les enfants fraternisent passant outre les interdictions de leur parents. Cet état d’esprit en devient même contagieux, puisque les parents à leur tour imitent leurs enfants. Des souvenirs rejaillissent, l’entraide se met en place, et surtout, la communication change de nature. Ce qui se disait auparavant par des coups bas et des bagarres se transmet désormais par la parole ou l’attention.

Le premier sourire qui illumine notre écran est celui du premier enfant qui découvre son jouet. Après de longues minutes dans la pénombre, ce sourire détend notre visage et promet une bienveillance naissante. Toute l’histoire se base sur cette transformation progressive, de l’agressivité vers l’attention. Même si la motivation première n’était pas celle-ci.

« Une action vraiment désintéressée en appelle toujours une autre ». Klaus

Dans le film, toutes les transformations et évolutions passent par les enfants, incarnations de l’avenir. Ils mettent à bas leurs différends afin de s’unir simplement et de cohabiter pour le plus grand bonheur de tous. Le parallèle peut ici être fait entre fiction et réalité. Les enfants sont la promesse de l’avenir Ne pas les prendre en considération est une erreur qui pourrait coûter un meilleur devenir. Les enfants sont la preuve qu’il faut certes s’appuyer sur le passé, mais pour mieux regarder vers l’avenir. Cette problématique est aussi reprise par le personnage de Klaus. Ses petits nids et jouets en bois sont pour lui le souvenir de sa femme perdue trop tôt, dans lequel il vit depuis. La différence, c’est que ce vieux bonhomme avait déjà trouvé depuis longtemps sa raison de vivre : elle. Il a donc vécu pour elle, jusqu’à ce qu’il la rejoigne.

Jesper, lui, a transformé sa raison de vivre en rencontrant la petite Margu. Cet enfant Inuit a réussi à lui faire comprendre qu’il ne trouverait pas son bonheur entouré de ses draps de soie, mais plutôt entouré de ceux qu’il aime.

Tout cela paraît bien fleur bleue, mais le film teinte cette apparence d’une réalité dénuée de magie.

Transformer un mythe en réalité

Klaus est très habile dans la façon de raconter son histoire. Bien qu’elle soit rodée pour bien se terminer, elle pourrait très bien s’inspirer de faits réels : des querelles, la solitude, des rencontres, de l’honnêteté malhonnête… En fait, ce qui fait la valeur de ce film de Noël, c’est son réalisme. Non, aucun lutin, aucune fée, aucune magie (même pas de renne volant). Simplement des amis, de la bienveillance, des sourires, et un peu d’amour aussi.

Ce film d’animation pose également la question de l’intention dans toutes ses formes (propice à la période de Noël). Par quoi sont réellement motivées nos actions ? Par ce qu’elles procurent à l’autre, ou par ce qu’on en retire ? Quand est-ce qu’une action est vraiment gratuite ? Bien souvent, la reconnaissance ou la conscience interfèrent nos jugements.

Pour enfin répondre à la question initiale, non, Klaus ne casse pas le mythe de Noël, puisqu’il illustre les valeurs qui lui sont inhérentes. Mais il le raconte d’une autre manière, en nous proposant à sa suite d’opérer une introspection sociétale et personnelle.

Margaux Dubrulle

Margaux Dubrulle

Étudiante en Histoire engagée sur la voie du journalisme, et curieuse à plein temps armée d'un stylo. Si tout est source d'inspiration, j'écris passionnément à propos de cinéma.

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