L’avenir de la Miviludes, entre réorganisation et disparition
© Apolline Le Romanser

L’avenir de la Miviludes, entre réorganisation et disparition

Depuis le 1er janvier, la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) est rattachée au ministère de l'Intérieur, fusionnée avec le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation. Une décision qui a alerté les acteurs de la lutte contre les sectes et qui signe pour beaucoup la disparition, du moins fragilisation, de cette mission et son action.

En septembre dernier, l’Agence du médicament interdisait un essai clinique « sauvage » mené par une structure dont le Professeur Henri Joyeux – militant anti-vaccin radié de l’Ordre des médecins – est le vice-président. En cause, des patchs vendus 1500€ à des malades d’Alzheimer et de Parkinson, visant à tester des molécules aux effets incertains. La Miviludes, acronyme de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, avait donné l’alerte aux autorités après plusieurs signalements reçus. Cet organisme unique au monde, crée en 2002 et jusqu’alors rattaché aux services du Premier ministre se donne un objectif clair : analyser et lutter contre les dérives sectaires. La Miviludes est cependant restée peu connue du grand public tout en s’efforçant de mener à bien sa mission, au niveau national et local. 

A la fois saluée et critiquée en France comme à l’international, la Miviludes voit la Cour des Comptes suggérer sa disparition dès 2017, en préconisant sa réorganisation. C’est ainsi que le couperet tombe, le 1er octobre 2019 : France inter annonce le rattachement de ses agents au ministère de l’Intérieur et sa fusion avec le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR). Un changement devant se faire dès le 1er janvier. Sans surprise, les acteurs de la lutte contre les sectes ne tardent pas à réagir, unanimement opposés et inquiets : « Ce n’est pas une réorganisation, c’est une disparition. » alerte sur Le Monde Georges Fenech, qui en a été président de 2008 à 2012.

Dans une réponse aux sénateur.rices Nicole Bonnefoy, Laurence Rossignol et Patrick Kanner, Matignon justifie cette fusion par une modernisation de l’administration et assure que les ambitions de la lutte contre les dérives sectaires resteront inchangées. Une affirmation qui n’aboutit pas à l’apaisement des vives inquiétudes provoquées par cette décision. Décision qui fragilise une action non seulement interministérielle – que permettait un rattachement aux services du Premier ministre – mais aussi son lien avec les différents réseaux d’associations, les préfectures, les instances judiciaires locales…

Ce rattachement à la place Beauvau suscite un autre problème : la crainte, pour les particuliers, de signaler une dérive. « Pas plus tard qu’hier, une mère m’a dit: “Je n’irai pas à l’Intérieur, je ne veux pas être fichée S” » regrette Charline Delporte, présidente du Centre national d’accompagnement familial et de formation face à l’emprise sectaire (CAFFES), qui confie en décembre cette réserve au Figaro.

L'influence du terrorisme

Dans cette réorganisation, le lien entre les attentats terroristes depuis 2015 et l’évolution de la perception des sectes est non négligeable : la question de la radicalisation islamiste a supplanté celle des dérives sectaires, et la fusion avec la CIPDR en est une parfaite illustration. Confondre la radicalisation et le problème sectaire, ainsi restreint au cadre sécuritaire, revient à minimiser voire ignorer la multitude d’autres domaines eux aussi touchés, comme la santé qui rassemble à elle seule 40% des signalements. Une simplification dangereuse. Il convient de rappeler que le budget de la Miviludes était en baisse depuis plusieurs années – le manque de moyens et donc d’actions étant l’une des critiques qui lui étaient apportés – et n’avait plus de président depuis 2018.

 En guise d’explications, certains pointent du doigt une volonté d’économies, d’autres une incompétence, quand des troisièmes craignent une influence de ces mêmes milieux sectaires dans le gouvernement. L’exemple de Françoise Nyssen, ancienne ministre de la Culture adepte de l’anthroposophie, serait bien probant. Une petite nuance s’impose néanmoins : certains affirment être désormais rassurés, comme la secrétaire générale Anne Josso, qui évoque au Figaro l’obtention de « garanties en terme d’effectifs ». Une affaire qui est donc à suivre, sur un sujet loin d’être anecdotique.

Apolline Le Romanser

Apolline Le Romanser

Journaliste en devenir, un brin rêveuse mais décidément très curieuse. Ce qui me passionne ? Creuser un sujet sous tous ses angles et, je l'espère, parvenir à « porter la plume dans la plaie ».

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