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En Wallonie, région francophone belge, 58% des 75 ans et plus disposent d'une connexion internet. ©Pixabay

Les seniors à l’écoute du numérique

La bibliothèque d’Ixelles (Belgique) propose aux seniors de sa commune d’apprendre à maîtriser leurs outils numériques à travers un atelier. Cette initiative répond à la volonté de réduire la fracture numérique à Bruxelles, en misant sur l’écoute et l’entraide.

Le cours commence bientôt. Comme dans beaucoup de salles de classe, les bavardages vont bon train. Mais ici, les élèves s’appellent Monique, Chantal ou encore Francine. Ce jeudi matin, comme deux fois par mois, la bibliothèque d’Ixelles accueille des seniors pour un atelier “Labo 2.0”. L’ambiance change tout de même d’une salle de cours classique. Du café et des biscuits réchauffent ce début de journée marqué par les premières neiges saisonnières.  Autour d’une grande table ovale, tout le monde discute, échange, et affirme sa curiosité. Les huit élèves présentes sont venues pour comprendre et apprendre à utiliser leurs smartphones et tablettes. 

Aujourd’hui, on révise tout ce qui a déjà été appris. Shadia Boudaka, chargée du numérique pour la bibliothèque et organisatrice de l’atelier, a préparé un quiz. « On est là pour s’amuser quand même », déclare-t-elle. Chaque participante se munit de deux cartons réponses, l’un vert avec la lettre A, l’autre rouge avec la lettre B. Première question : « Puis-je avoir plusieurs systèmes d’exploitation sur un même appareil ? ». Les six cartons qui répondent “non” ont vu juste. Celles qui les ont levés expliquent aux autres leur erreur. Autre question : « Puis-je installer le navigateur Safari sur un appareil Android ? ». Personne n’hésite : non. Shadia se réjouit, ses élèves sont en bonne voie. 

Francine, l’une des participantes, explique son intérêt pour l’atelier : «Je pataugeais. Mon ordinateur est devenu obsolète, ma télé ne marche plus. Mon smartphone me sert donc à tout ça. » Grâce à Shadia, elle y voit plus clair. 

Vulnérabilité numérique

Monique, aussi présente ce jour-là, prévient : « Il faut lutter contre la fracture numérique. On est des analphabètes à ce niveau-là. » Nicole, à l’autre bout de la table, ajoute : « Au début on te donne une tablette et tu ne sais même pas qu’il faut glisser le doigt pour l’ouvrir ». La fracture numérique englobe l’accès inégal aux technologies de l’information et de la communication, ainsi que la maîtrise de leur utilisation. Selon le baromètre de l’inclusion numérique publié par la Fondation Roi Baudouin en août 2020, 40% de la population belge se trouve en situation de vulnérabilité numérique. Concrètement, ces personnes risquent de ne plus pouvoir accéder aux services qui se dématérialisent de plus en plus, comme les banques : certains accueils avec du personnel sont supprimés et remplacés par des guichets numériques. D’autres vont encore plus loin : on accède à leurs services seulement par internet. Or, quand on ne détient pas les codes de ces outils numériques, le quotidien se complique.  

L’arrivée du Covid-19 et les confinements successifs ont empiré la fracture numérique. « J’ai suivi quelques cours avant le Covid », se rappelle Monique. «Mais pendant deux ans, j’ai eu une panne avec l’utilisation de ma tablette ». En plus de l’isolement, la pandémie a accéléré la numérisation des services. La bibliothèque d’Ixelles propose un espace public numérique (EPN), en mettant à disposition des ordinateurs. Alors, quand des seniors contactaient la commune pour obtenir de l’aide au niveau numérique, celle-ci les renvoyait vers cet EPN.

Un espace de partage

C’est en rencontrant des personnes dans ce besoin que Shadia a eu l’idée de cet atelier.  « La commune va mettre en place un autre espace avec des ordinateurs. Mais ce n’est pas parce qu’ils donnent des moyens que la fracture numérique va se réduire. Il faut savoir utiliser ces outils », explique-t-elle. 

Deux matinées par mois, Shadia devient professeur du numérique. Pas question d’un cours magistral : elle se base sur ce que ses élèves savent déjà et sur leurs demandes. Malgré tout, pour maîtriser son smartphone ou sa tablette, il faut connaître quelques notions de base.  Shadia rivalise d’imagination pour faciliter l’apprentissage. Une feuille récapitulative illustrée accompagne chaque définition. Sur l’une d’elles, un tableau à double entrée permet de distinguer navigateur, moteur de recherche et exploitants. Des vidéos explicatives appuient également les propos de Shadia. 

Le temps de cet atelier, chacune pose ses questions quand bon lui semble. «Ça libère un peu la parole », admet Françoise. «Ailleurs, je suis impressionnée par les gens qui en savent plus que moi ». Ici, l’entraide est de mise. Chacun va à son rythme. Shadia prend le temps qu’il faut pour des explications personnalisées. Elle propose même des rendez-vous individuels pour régler certains problèmes sur les appareils de ses élèves. Au-delà du simple apprentissage, Shadia espère amener les seniors de son atelier sur la voie de la création numérique : musique, blogs, actualités… Internet reste un large espace d’expression. 

Margaux Dubrulle

Margaux Dubrulle

Étudiante en Histoire engagée sur la voie du journalisme, et curieuse à plein temps armée d'un stylo. Si tout est source d'inspiration, j'écris passionnément à propos de cinéma.

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