Lubrizol, 6 mois après : où en sont la mobilisation et l’opinion de la population ?
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Lubrizol, 6 mois après : où en sont la mobilisation et l’opinion de la population ?

La Normandie est toujours préoccupée par les possibles conséquences du nuage de fumée et d’hydrocarbures qu’a rejeté l’usine le 26 septembre 2019. Car si la procédure judiciaire avance, 6 mois après des habitants s’interrogent, s’inquiètent toujours. Certains locaux continuent de se mobiliser.

En Normandie, Lubrizol résonne encore dans l’actualité. Pas plus tard que le 27 février, les médias révélaient que la société Lubrizol était mise en examen pour « déversement de substances nuisibles » et « atteinte grave » à l’environnement et à la santé. « Ah bah moi je suis content » s’exclame Simon De Carvalho, coprésident de l’association des sinistrés de Lubrizol : « j’espère que Lubrizol sera condamné à la hauteur de son empoisonnement collectif ». Attitude calme mais propos véhéments, il explique que tous les habitants attendent des réparations, des dédommagements. 

Certains Rouennais, en particulier les jeunes, ne sont plus inquiets par les conséquences de l’usine. Nassin, élève au collège Sainte-Marie à Rouen, affirme : « Non je n’ai plus peur. » A l’inverse, si cette fumée d’hydrocarbures ne s’effondre plus sur les habitations, l’angoisse d’autres habitants, elle, ne retombe pas. « La population est plus qu’inquiète » affirme Simon de Carvalho. A l’instar de Natacha, maman de deux enfants, qui dit encore ressentir les odeurs d’hydrocarbures en passant sur le pont Flaubert, fait de béton impavide, quand l’air se fait humide. Elle reste souriante mais s’inquiète pour ses enfants et reproche le fait de ne pas être « assez informée sur les conséquences »

« Il faut que l’Etat soit compétent »

C’est aussi le cas de cette famille qui a contacté le coprésident des sinistrés de Lubrizol pour savoir comment faire nettoyer leur toiture et surtout s’ils seront indemnisés pour cette démarche. « Je ne trouve pas normal que ça soit les associations qui gèrent ce genre de problème » s’insurge M. De Carvalho « A un moment donné il faut que l’Etat soit compétent ».

Pourtant, son association a en partie été créée pour répondre à ces questionnements. Plusieurs fois depuis l’incendie, ils organisent des réunions d’habitants sinistrés. C’est l’occasion d’échanger, pallier le manque de transparence et s’aider, portés par une cause commune. Le coprésident a rencontré, le 27 février, l’ancienne ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, Delphine Batho. Il espère qu’elle pourra appuyer leur dossier notamment sur les accords-cadres qui permettent une avance sur l’indemnisation pour payer les frais de santé, d’avocat et de dépollution des habitations.

Des carnavaliers en jaune radioactif

En parallèle, des manifestations sont organisées dans les rues de Rouen par le collectif unitaire qui regroupe syndicats, associations et particuliers. La prochaine était prévue le 26 mars à 18h. Une manière de ne pas oublier cette tragédie, 6 mois après la catastrophe. Preuve en est que la mobilisation est toujours présente dans toute la Normandie : au carnaval de Granville, un char défilant dans les rues a rendu hommage aux sinistrés. Des carnavaliers déguisés en employés de l’usine, veste jaune radioactif  floquée du logo « Lubrizol » sur le dos, faisaient partie du cortège.

« C’est à l’usine de s’adapter à nous, ce n’est pas à nous de nous adapter à la pollution. » conclut Simon de Carvlho. Motivé et toujours prêt à obtenir justice, comme le dit Christophe, membre de l’Union des victimes de Lubrizol : « Ça fait 5 mois qu’on se bat et on n’est pas près d’arrêter. »

Manon Modicom

Manon Modicom

Etudiante en journalisme, curieuse de tout et passionnée de comédies musicales, vous me retrouverez surtout dans les articles culturels ou sur ma Normandie natale.

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