Portrait : Berthe Morisot ou l’impressionnisme au féminin
© Berthe Morisot

Portrait : Berthe Morisot ou l’impressionnisme au féminin

Dans les années 1860, commencent à surgir dans le monde de l’art des notions qui influenceront les créateurs pendant plusieurs siècles. Berthe Morisot était une des premières figures à développer ces idées, piliers du courant impressionniste français.   

Monet, Degas ou Renoir sont des noms qui font écho lorsque l’on pense au courant artistique impressionniste. Si cette école est incontournable dans l’Histoire de l’Art, c’est par son détachement de la peinture académique et ses innovations, qui inspirent encore nos artistes contemporains. Les changements que l’impressionnisme instaure sont nombreux : les couleurs, les thèmes, la technique, les expositions gérées par les propres peintres… L’invention du tube de peinture ouvre littéralement les portes à la peinture en plein air. Ceci se joint à l’amélioration de la photographie, qui déclenche une crise de sens à laquelle les impressionnistes répondent : l’intérêt et qualité d’une œuvre résident désormais dans les impressions laissées par les lumières et couleurs, non plus dans son niveau de détail et précision. Face à la représentation parfaite d’une photographie, la peinture se redéfinit et prouve qu’elle a beaucoup à offrir.

Le groupe d’impressionnistes français est composé par les signataires de la charte de la  Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs, de 1874. Parmi les 29 artistes, dont Manet, Pissarro ou encore Cézanne, Berthe Morisot est la seule femme. Cette signature ne fait que confirmer son rôle dans le milieu artistique français, en lui accordant le titre de membre fondateur et historique du Groupe des Impressionnistes.

Autoportrait, Berthe Morisot, 1885

Berthe Morisot naît en 1841 à Bourges (Cher), ville dont son père est préfet. Dès son enfance, elle peint avec sa sœur Edma grâce aux leçons de peinture offertes par leur mère. Les maîtres de peinture accompagneront les sœurs pendant de longues années, les Beaux Arts de Paris étant réservés aux hommes. C’est également avec Edma que Berthe expose pour la première fois en 1864. Aux soirées de la famille Morisot, les sœurs discutent avec les frères peintres Edouard et Eugène Manet, le poète Charles Baudelaire ou encore le ministre Jules Ferry.  Malgré ces fréquentations enrichissantes, les premières expositions des sœurs furent durement critiquées. Edouard Manet écrit dans une lettre :

« Les demoiselles Morisot sont charmantes, c'est fâcheux qu'elles ne soient pas des hommes. Cependant, elles pourraient, comme femmes, servir la cause de la peinture en épousant chacune un académicien. »
Edouard Manet
Le Berceau, Berthe Morisot, 1872

C’est ce qui se produit pour Edma, qui affectée par les critiques, s’écarte progressivement de la peinture peu après son mariage avec un officier de la marine. Berthe, célibataire, persiste dans ses activités et accède à améliorer certaines œuvres de Manet suite à sa demande.  Elle épouse son frère, Eugène Manet en 1874 mais Edouard reste son compagnon de peinture. Les deux amis sont le modèle artistique de l’autre, dans les différents sens du terme . Cependant, Berthe s’écarte progressivement des couleurs sombres de Manet : elle s’approprie d’une palette pastel avec les touches d’un pinceau rapide, qui marquent son épanouissement et définissent son style. L’œuvre du Berceau incarne le climax de l’évolution de Berthe, avec ses touches vaporeuses et sa lumière rosée.  Avec La Rose Trémière, elle confirme sa dextérité en tant que coloriste, cette fois avec une gamme de vert doux. Sa représentation de la nature peut nous rappeler les Nymphéas de son contemporain Monet. Elle est la seule femme impressionniste à exposer ses œuvres, considérée par ses amis peintres comme son égal. Dans la décennie de 1880, les critiques la reconnaissent comme une cheffe de file de l’impressionnisme. C’est la première fois dans l’Histoire que la contribution d’une femme peintre est reconnue à sa juste valeur par ses contemporains.

La Rose Trémière, Berthe Morisot, 1884
Pont Japonais et nymphéas, Claude Monet, 1899

Elle explore par la suite la sculpture et l’aquarelle, enquêtant sans cesse les différentes techniques artistiques à sa disposition, avant de s’éteindre en 1895.

Alicia Gomba Aibar

Alicia Gomba Aibar

Etudiante en histoire, je doute (trop) souvent. Mes articles naissent de mes passions du moment, ou de ma passion pérenne pour l'art.

Un avis ? Exprimez-vous !