POSE : une série sur l’Histoire que l’on n’étudie pas
©FX

POSE : une série sur l’Histoire que l’on n’étudie pas

En 2018, la chaîne de télévision privée FX, dévoilait la première saison de POSE. Une fenêtre s’ouvrait alors sur le Bronx Afro-Latino de la fin des années 80, mêlant la fantaisie des performances avec la déchirante réalité du VIH. Croyez-moi, vous ne voulez pas la rater.

Si aujourd’hui la téléréalité ‘’RuPaul’s Drag Race’’ traverse les frontières avec succès, c’est grâce à des années de militantisme, et beaucoup de paillettes. La culture (ou plutôt subculture) des balls et du voguing, est créée par et pour la communauté queer Etats-Unienne dès les années 1920. Les personnes LGBT+ commencent à se regrouper dans un espace de liberté et sécurité, qui peu à peu dépasse la simple entraide. A travers de la volonté de provoquer, et la réappropriation de sa liberté, les bals deviennent un symbole d’affirmation des ‘’minorités’’.

Le plot sans les plots twists

(Que vous soyez fan des performances queer ou non, vous allez vous sentir identifiés avec cet univers.)

Le premier épisode de POSE commence avec le cambriolage de costumes royaux dans un musée, par les membres de la maison Abundance. Après avoir ébloui le public du ball dans la catégorie realness, les performers sont menottés par la police, des robes du  XVIIe sur les épaules.

Ces premières minutes suffisent à distiller la puissance des personnages et l’ambiance de la série. Les rivalités entre maisons sont cependant laissées de côté lorsque les véritables soucis affectent leurs membres. La série esquisse des personnages très détaillés, riches en sentiments sous la carapace d’autoprotection. Danseurs gays, prostituées transgenres et  reines du sado, résidant dans le même New York de 1979 où la Trump Tower vient d’être inaugurée.

Une production engagée

Angel Evangelista est une des jeunes adoptées par Blanca Evangelista, qui est décidée à accomplir son rêve de créer une maison (house), après être diagnostiquée séropositive. Le point positif est que ces deux personnages de femmes transgenres sont joués par deux personnes transgenres. L’équipe d’acteurs et production, formée par un large nombre de membres LGBT+, est conséquente avec les prémisses défendues dans la série.  POSE est la série avec le plus grand nombre d’acteurs principaux transgenre dans sa distribution : une façon de pointer du doigt le manque d’opportunités professionnelles offertes aux artistes trans.

Indya Moore (non binaire) incarne le personnage d’Angel, et est à l’origine d’une des déclarations les plus impactantes de l’année. Pour l’occasion des Fashion Media Awards à NYC, Moore a posé sur le tapis rouge avec des boucles d’oreilles formées par un enchaînement de portraits. A l’intérieur des cadres, les 17 femmes noires trans victimes d’assassinat aux États-Unis depuis le début d’année.

Indya Moore lors des Fashion Media Awards (Getty Image)

‘L’existence qui requiert du courage n’est pas libre. (…) J’accepte ce prix en honneur du meilleur prix qui existe : celui de pouvoir rentrer à la maison, en sécurité.’’  affirmait l’acteur en recevant un prix pour sa une dans le magazine Elle.

Une situation toujours d’actualité 

La situation des personnes racisées et queer parait de plus en plus acceptée dans les pays développés. Mais sous cette surface, les préjugés et les idées conservatrices refusent de s’éteindre. La résurgence de l’alt-right aux États-Unis en est une preuve. Rappelons qu’en Novembre 2019, le département des Services Sociaux américain annonçait la non-poursuite des refus d’aide financière mettant en scène des discriminations homophobes par l’administration.
En Octobre s’appliquait une loi interdisant l’extension du VISA à certaines personnes recevant des subventions de l’Etat, et considérées comme des ‘’charges sociales’’.

Autour de 81% d’Afro Américains et 69% d’Hispaniques, ont le sentiment que la présidence Trump a empiré la situation de leurs communautés respectives. Par ailleurs, 44% des personnes atteintes du VIH en 2011 étaient Afro-Américaines, alors qu’elles ne représentent que 12% du total de la population du pays.  Des situations qui légitiment (encore et toujours) les réseaux de solidarité et militantisme, développés il y a quarante ans dans des maisons pleines d’espoir et couleurs.

Pour une meilleure compréhension de l’érticle, voci quelques notes de vocabulaire:

Évènement contre culturel LGBT+ créé aux EEUU, où les membres des différentes maisons s’affrontent en défilant selon la catégorie de la soirée (ex : FQ realness, bizarre)

Style de danse urbaine né dans les pubs gays des  60s, que Madonna rend mondialement connu avec son tube Vogue.

Traduction d’‘’étrange’’, queer est longtemps une injure homophobe avant que les militants LGBT+  se la réapproprient avec une connotation positive. Le terme désigne actuellement toute minorité sexuelle ou de genre.

Groupes de solidarité, communs parmi les personnes Latinos et Afro LGBT+ dans les métropoles Etats-Uniennes. Ils offrent une alternative à la famille traditionnelle pour les jeunes victimes d’exclusion.

Alicia Gomba

Alicia Gomba Aibar

Etudiante en histoire, je doute (trop) souvent. Mes articles naissent de mes passions du moment, ou de ma passion pérenne pour l'art.

Un avis ? Exprimez-vous !