You, cette série qui dérange

You, cette série qui dérange

Un peu plus d’un an après la diffusion de la première saison sur Netflix, la deuxième est disponible sur la plateforme depuis le 26 décembre dernier. Cette dernière ne va probablement pas cesser la polémique. A l’occasion de sa sortie, il est intéressant de revenir sur la raison pour laquelle la série fait tant parler d’elle. Entre malaise et fascination morbide, il y a de quoi perdre pied.

(ATTENTION! Bien que le but ne soit pas de spoiler, il a fallu raconter quelques passages de la série pour rédiger cet article.)

 La première saison de You, avec son lot de rebondissements, avait de quoi déranger le spectateur qui ressent d’ores et déjà un sentiment de malaise. Joe Goldberg, le héros, assassine celle qu’il aime, après qu’elle a découvert sa véritable identité : un prédateur. L’arrivée du personnage de Candace, l’ex que le protagoniste croyait morte, procure également ce malaise puisqu’elle représente une réelle menace pour lui. La saison 2 s’inscrit dans cette continuité. 

Dès le début, lorsque Joe quitte New York où s’est déroulée la première saison, le spectateur comprend que le même scénario peut se répéter. Très rapidement, il a de quoi être troublé lorsqu’il apprend que le héros, arrivé à Los Angeles, change d’identité pour devenir Will Bettelheim. Ce dernier ne tarde pas à trouver sa nouvelle cible, Love. L’auditoire, bien conscient de son passé, peut aisément craindre le pire. La grande interrogation qui apparaît est donc d’essayer de comprendre si Joe est capable ou non de faire subir à sa nouvelle proie ce qu’il a déjà fait subir à d’autres. Bien qu’il ait changé d’identité, il a les mêmes pensées ainsi que les mêmes envies.

Une fascination morbide

Ce malaise est complété par un autre sentiment, inattendu : une fascination morbide envers Joe, un meurtrier.  Cette dernière a plutôt surpris l’interprète du héros, Penn Badgley, certains fans allant jusqu’à romantiser son personnage. Sur Twitter, quelques jours après la sortie de la première saison, l’acteur répond à une fan surprise par cet engouement : « Je suis d’accord. C’est flippant. C’est toute la motivation dont j’ai besoin pour la saison 2. » Dans cette nouvelle saison, les scénaristes n’ont alors pas hésité à coller à Joe l’image d’un serial killer afin de le rendre moins attirant. Cela n’a pas vraiment fonctionné puisque de nombreux spectateurs ont continué à être fascinés. Certains le reconnaissent, cet attachement envers Joe est plutôt tordu. Cependant la saison 2 ne fait qu’accroître ce sentiment qui peut être perturbant et faire culpabiliser l’auditoire, qui s’attache à un tueur. Tout au long des épisodes, le protagoniste essaie de s’améliorer, devenir quelqu’un d’autre, ce qui fait découvrir une nouvelle facette du personnage et accroît son charme.

Le spectateur fait face à une difficulté : ne plus être troublé par les différents événements et essayer de se détacher du personnage. La meilleure chose à faire serait peut-être de mettre de côté le physique du protagoniste de manière à s’intéresser davantage à la folie meurtrière qui le pousse à agir comme il le fait.

Un problème lié à la société

L’origine du problème est alors bien plus profonde. Il ne s’agirait pas du fait que le public puisse trouver le personnage sympathique ni de sa réaction, mais de la société et son rapport au physique.  « Je ne dirais pas que le problème vient des gens et de leurs réactions. Dans cette époque où nous cherchons l’égalité entre les hommes et les femmes, le fait que nous soyons également capables d’être charmés par un personnage comme Joe montre à quel point beaucoup de normes sont profondément enracinées dans notre société» admet Penn Badgley. Le spectateur devrait alors s’interroger sur les raisons qui le poussent à tomber sous le charme d’un tel personnage, qui  ne devrait pas être loué au vu de ses actes. Il devrait en ce sens se pencher davantage sur la compréhension du héros : qui il est, ce qu’il a fait et juger les conséquences de ses actes. Pardonner Joe parce qu’il a un physique avantageux ne devrait pas être possible, ni même pensable.


Le plus difficile pour les scénaristes est de ne pas rendre Joe attirant, tout en l’humanisant au maximum. Cette ambiguïté est très marquée dans la saison 2 car le public ne sait pas toujours comment se sentir, s’il doit considérer le personnage comme un méchant, ni s’il a le droit d’éprouver de la pitié envers ce dernier. La série fait tout pour que ceux qui la regardent soient à la fois du côté de Joe et celui de la justice.


Certes, la saison 2 de You a de quoi troubler le spectateur qui ne sait plus quoi faire entre suivre ses sentiments, se conformer à la société, ou bien essayer de passer outre les normes. Mais au final, il s’agit d’un bon exercice pour développer sa réflexion et comprendre les problèmes que soulève la société. La saison 3 fera peut-être de Joe un personnage bien moins attirant, ou au contraire pertubera davantage les spectateurs en poussant l’ambiguïté à son paroxysme. 

Arnaud Mahu

Arnaud Mahu

Curieux de savoir tout ce qu'il se passe dans le monde, je suis un étudiant en histoire et en journalisme. Mon objectif est de comprendre les événements qui se produisent chaque jour un peu partout en les analysant. Ma passion pour la musique se fera sûrement ressentir à travers certains articles.

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